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  • Sophie

Arrogance / inconscience

Arrogance / inconscience

Je dois faire un mea culpa. Je suis arrogante, parfois. Et pourtant je le paye toujours cher, on pourrait croire que ça me sert de leçon. Et pourtant je recommence...


En rentrant de la maternité, mes bébés étaient hyper sages. Calmes. Faciles: le mot est lancé. T. dormait toute la journée. P. gémissait parfois. Mais dans l’ensemble ils maintenaient un niveau sonore acceptable. Du coup quand on me demandait comment ça se passait, je répondais avec beaucoup d’assurance que tout allait bien. Et je le pensais : franchement je sentais que je maîtrisais. Les cris? Oh presque rien et je le vis bien. Sans le dire, je projetais un peu: seule, avec des jumeaux, je suis au top. Il n’y a qu’un petit pas à faire pour penser « ceux qui ne s’en sortent pas à deux avec un seul bébé: des chochottes ». Je ne l’ai jamais dit. J’ai essayé de ne jamais le sous-entendre. Mais je vais être honnête: je l’ai pensé.

Sauf qu’un jour ils se sont réveillés et leur voix s’est développée: et là, j’ai compris. Il n’y a rien de pire qu’un hurlement de bébé. Quand en plus c’est le vôtre: ça fend le cœur. Quand en plus il y en a deux : c’est presque non stop. Quand en plus on est seule, on n’y échappe jamais.


Un chien tête en bas à 5h du matin

Je peux dire que les semaines de coliques du nourrisson ont été les plus dures de ma vie. Le manque de sommeil conjugué aux cris : je pleurais non-stop. Et je me sentais très méprisée, pas comprise. Tout le monde, médecins inclus, disait « ça passera », et moi je me sentais nulle de ne pas réussir à soulager mes bébés. Et nulle de le vivre si mal. Et fatiguée. Et dépassée.

Depuis, j’essaye de ne jamais être arrogante. Quand un truc fonctionne : je sais que ça peut ne pas durer, je savoure mais je ne la ramène pas trop. Quelqu’un souffre d’un truc avec ses enfants, je lui dis que je comprends, que c’est difficile, et je compatis de tout mon cœur. Je ne suis que soutien et bienveillance. Pas de conseils.

Mais en dépit de mes bonnes résolutions, je ripe. Il y a quelques jours on est passés à l’heure d’hiver: j’avais peur que les garçons n’arrivent pas à se décaler d’une heure. Cela peut sembler insignifiant une heure... mais je redoutais de les voir se coucher à 19h15, et je les aurai loupés bien souvent en rentrant du travail. J'avais également peur qu’ils se réveillent à 6h chaque matin, ce qui me forcerait à me lever très très tôt pour être prête avant de les sortir du lit. On est donc samedi soir, je couche les bébés en réfléchissant déjà à une stratégie pour les jours à venir, persuadée que ça allait être insurmontable. « Si je décale tout d’un quart d’heure chaque jour... ».

Et, miracle: le dimanche matin ils se réveillent pile à l’heure, version hiver. J’étais trop fière, je le dis à tout le monde, je fais la maline sur Instagram avec un gif qui se dandine. Je biche.

Mais voilà, la nuit qui a suivi, je l’ai payé cher. L’un des garçons s’est réveillé à 3h40. Et ne s’est jamais rendormi. Il avait... envie de jouer. Peut-être un petit cauchemar, mais pour sûr un message de mon karma.


Et j’aimerais vous dire que j’ai des principes. Mais non: je négocie tous les jours avec des terroristes. En fait, non. Je ne négocie pas. Je cède. Et à 4h30 j’ai cédé. J’ai pris mon bébé et je me suis lavée, préparée, j’ai ouvert mon ordinateur et j’ai bossé pendant que mon fils jouait sagement à côté. Quand il a commencé à grogner je lui ai même donné des petits morceaux de pain jusqu’à ce qu’il soit temps de réveiller son frère.


En vérité, ça n'était pas atroce du tout: on a bien rigolé. T. a même fait une petite séance de yoga en enchaînant les postures. Zen.

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